Destruction, pillages et les gardiennes du Chella
Destruction et pillages, Les gardiennes du Chella
La ville morte devint, sous les Mérinides, la Cité des Morts. Pendant plusieurs siècles, les émirs y furent enterrés. En 1515, Léon l’Africain, visitant ce lieu, compta trente deux tombeaux de rois, tous accompagnés d’épitaphes gravées relatant leurs hauts faits.
Tous les tombeaux ont disparu.A ce jour, il ne reste que des stèles énigmatiques. Les pluies, les plantes, les racines des arbres immenses qui envahissent le site ont disloqué les pierres tombales qui furent envahies d’herbes, d’orties, de chèvrefeuilles. Les seuls édifices qui existent encore sont de blanches koubbas surmontées, en été, d’énormes nids de cigognes ; les fientes des oiseaux maculent d’ailleurs de larges traînées blanches le sol et tous les édifices. Ce sont les koubbas de Sidi el Hassan El Imam, et de si di Amar el Mesnaoui sur le versant de la colline, et dans le vallon, celle d’un autre Saint, Si di Yahia Ben Younès El Berghouati où le jaune par endroit relève le badigeonnage blanc des murs. « Seules ces koubbas de personnages au destin dérisoire ont survécu aux tombeaux de souverains magnifiques » … !
D’après J. Caillé, au XVe siècle, un prétendant Ahmed El Lihiani s’empare du Chella et le pille, emportant les objets précieux, dont de splendides corans qui y étaient conservés pieusement. En 1790, une tribu arabe, les Sabbah, s’y installe et rançonne les habitants des lieux et du voisinage.
Les gardiennes du Chella
En 1790, Moulay Yazid organisera une expédition contre eux menée par le gouverneur El Qostali de Salé.
Il faut visiter Chella au mois de mai. Le printemps déjà avancé embrase le site d’une profusion de fleurs. L’été toutes les herbes, les fleurs des champs ont disparu, même les grands arbres de la nécropole sont là, figés, sans feuilles, les branches écorcées luisantes et lisses.
Les cigognes ont fait de ces lieux une parfaite réserve ; elles sont là par centaines… harmonie et symbiose. Elles disposent du minaret, des koubbas, du mur d’enceinte et des bastions, … Elles se partagent le site avec les hérons blancs qui nichent par milliers dans les grands arbres aux pieds desquels on peut distinguer des plumes, des coquilles d’œufs, et leur guano étalé en larges plaques blanches sur le sol et les troncs.
Les grands arbres sont frappés à mort par l’âge, et d’ici une dizaine d’années, ceux de la nécropole se seront défaits en branches éclatées et le charme du cimetière en souffrira. On ne vantera jamais assez les cigognes de Chella. Elles sont les mères attentives, les filles et les soeurs du site. Elles participent de leurs claquements de bec au culte -des morts, et s’envolent d’un grand froissement d’ailes effarouchées quand on veut les fixer de l’oeil noir de son appareil photographique. Ce sont les cigognes de Chella, les gardiennes de la nécropole mérinide. Elles sont là, vibrantes comme des pleureuses antiques. Je crois bien qu’elles ont une âme … et si c’était celle des morts dont elles se transmettent jusqu’au souvenir, à chaque migration?