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Archives pour la catégorie ‘Monuments historiques’

Le Minaret de la Koutoubia restauré

Le Minaret de la Koutoubia restauré

Figure emblématique de Marrakech qu’il domine depuis huit siècles du haut de ses soixante-dix sept mètres, le minaret de la mosquée de la Koutoubia s’est défait, en juillet 1998, des échafaudages qui l’emprisonnaient durant sa longue et minutieuse restauration.
Pendant six ans, historiens, architectes, ingénieurs, géotechniciens, géophysiciens, experts en monuments historiques et maîtres-artisans ont déployé tout leur savoir-faire et les plus modernes techniques d’investigation et de restauration pour rendre à ce chef-d’œuvre du patrimoine culturel universel une partie de son lustre d’antan et le prémunir, à l’avenir, des vicissitudes du temps et de la vie moderne.

C’est sur les ruines du palais de son prédécesseur l’Almoravide Ali Ben Youssef Ben Tashfin que le fondateur de l’Empire Almohade, Abdelmoumen, choisit de construire, en 1147, une nouvelle mosquée qui surpasserait, en majesté et en beauté, tous les édifices religieux antérieurs à son règne. Connue sous le nom d’Al Koutoubiyyin, (des libraires), vulgarisé par la suite sous la forme adjective Koutoubia, la mosquée de Abdelmoumen doit son nom aux étalages des libraires qui se déployaient en grand nombre autour de la mosquée.

Quinze ans plus tard, vers 1162, la superficie de la mosquée avait doublé, l’orientation du mur de la qibla, la direction de la Mecque, avait été corrigée, et un grand minaret ajouté en 1158. Bien que fortement opposés à la doctrine légaliste des Almoravides, les premiers Almohades adoptèrent en général le style almoravide pour leurs mosquées. La plus importante de leurs innovations fut l’introduction de grands minarets, hauts et carrés destinés à l’appel à la prière. Situé à une hauteur de 67m50,le lanternon de la Koutoubia, pouvait également servir de poste d’observation stratégique de toute la plaine qui entoure Marrakech jusqu’aux pieds de l’Atlas.

Abdelmoumen fit de la mosquée un impressionnant foyer de rayonnement religieux et politique. Outre l’incontestable majesté et beauté architecturale de l’édifice, la communauté musulmane de Marrakech se pressait, tous les vendredis, aux portes de la Koutoubia pour assister avec émerveillement à l’apparition du célèbre minbar de Ali Ben Youssef Ben Tashfme, de la niche d’où il ne sortait que les vendredis, par un ingénieux système de contrepoids et de cordes.

Construits en moellons, avec des murs de deux mètres d’épaisseur, la structure du minaret de la Koutoubia a pu résister au poids de huit siècles d’histoire. Par contre, les décors peints et sculptés en zellige furent sérieusement altérés. La récente restauration, minutieuse et discrète, s’est attachée à la remise en place des zelliges décollés du bandeau terminal de la tour, la réparation des décors en relief dont les intervalles étaient dans le passé ornés de peintures florales et de courtes eulogies en calligraphie coufique, mais également à regarnir les joints des maçonneries débourrées.

Grâce à cette restauration, le lanternon est remis à neuf. La couronne de zellige en larges filets blancs sur fond vert turquoise, longtemps dégarnie par le décollement et la chute de ses éléments, est reconstituée. Les arcs à lambrequins et leur décor en losanges ont retrouvé leur originelle symétrie et harmonie. Orfèvres et maîtres artisans ont également pu restituer au sommet de la tour l’éclat de sa coupole à grosses côtes surmontée de trois boules en métal doré. Les motifs peints sur enduit en ton sur ton, et qui ornent les arcatures des quatre façades, ont été corrigés ou restaurés.

Mais bien plus qu’une simple opération de remise en état des façades du minaret et de ses décors, la restauration du minaret de la Koutoubia fut l’occasion de déterminer son « état civil » et d’établir un véritable diagnostic des facteurs pouvant influencer sa détérioration présente ou à venir sous les effets du temps et de l’environnement.

Ainsi une auscultation dynamique par micro-sismographe a permis d’identifier les causes de dégradation dûes au site, aux techniques de construction ou au vieillissement et à l’intervention humaine. De même, des investigations, des sondages, des essais de pression, mécaniques et géophysiques ont permis d’analyser et de comprendre l’effet nocif sur l’ouvrage, des eaux souterraines, des pluies, des vents, des variations climatiques saisonnières. De même furent étudiées les dégradations notables que peuvent provoquer les gaz d’échappement des véhicules et les vibrations de la circulation.

La récente restauration du minaret vient de restituer à Marrakech, pour de longs siècles à venir, l’un des plus beaux chefs-d’œuvre de l’Art Almohade et du patrimoine architectural universel

ChelIa et les gardiennes Mérinides

ChelIa et les gardiennes Mérinides

On peut se demander si la ville que fondèrent les Carthaginois vers l’An 470 av. J.-C. « distante de deux jours de navigation après avoir dépassé les Grottes d’Hercule, une ville qui domine une vaste plaine et que nous appelâmes Thymateron », n’est pas l’ancienne Sala, le premier comptoir de la côte atlantique du Maroc.

On devait y pratiquer à cette époque toute sorte de commerce, notamment ceux de la gomme, de l’ivoire, de l’étain, de la poudre d’or et de la pourpre. Détruite durant les guerres puniques (146 av. J.-C.), Carthage, ses trésors et ses comptoirs revenaient au vainqueur. C’est ainsi que Chella devint à la fois colonie romaine et, encore plus riche, plus célèbre, plus opulente.
La position du site est idéale : elle domine la campagne. Protégée par des pentes abruptes, elle est cachée de la mer par un coude du Bou Regreg, le Sala fluvium.

L’entrée du fleuve est, d’ailleurs, rendue difficile par une barre semée d’écueils traîtresse pour celui qui ne connaît pas les passes. Mais cette barre franchie, s’étend une vaste plaine fertile où s’étale le fleuve.
La ville possédait en outre une eau claire pure et fraîche, celle d’Aïn Chella, Sous Rome, Sala se développa considérablement.
Pline nous a signalé que la plaine était souvent envahie de bandes d’éléphants qui furent malheureusement décimés pour leur ivoire ; elle devait aussi résister aux invasions de tribus nomades attirées par le pillage, les Autololes.
Plusieurs campagnes de fouilles attestent de la vitalité de Sala Colonia : on y a découvert quantité de monnaies, de lampes à huile, de vases, de céramiques, de statues, de bijoux tels que des fibules, des anneaux, des bagues, des colliers.

Parmi les grands monuments citons, un forum, les bâtiments de la Curie (Trajan 98-117 apr. J.-C.) où se réunissaient les assemblées. On distingue, à gauche du forum, les vestiges d’un arc de triomphe. On a découvert aussi un capitole. Le long du Decumanus Maximus, on a mis à jour des rues avec boutiques, des édifices privés. Le port ensablé n’a pas été encore dégagé.
Malgré le repli stratégique de la Maurétanie Tingitane, vers 285 apr. J.-C., il semble que Sala Colonia ait conservé son éclat jusqu’au IVe siècle car elle était facile à défendre. L’invasion des Vandales, en 429, ne semble pas avoir affecté le site. Durant cette période, l’influence romaine s’affaiblit peu à peu; la cité périclite et, sur son site, s’installent des tribus berbères. L’influence romaine disparut définitivement lors de l’invasion arabe de 670.

Le géographe El Idrissi qui visita Chella vers 1150 Y avait vu des édifices et des temples anciens. Mais déjà, un grand espace n’était plus couvert que de champs cultivés et de pâturages où les habitants faisaient paître leurs troupeaux.
Chella, d’après une tradition populaire, aurait retrouvé une nouvelle splendeur avec l’Almohade Yacoub El Mansour qui, séduit par le site, en aurait fait relever les murailles, y aurait fait construire un palais et souhaité y avoir sa dernière demeure. Il est cependant plus sûr d’affirmer que c’est le sultan mérinide Abou Youssouf Yacoub (1259-1286) qui fit édifier une petite mosquée funéraire pour sa femme Oum-EI-Izz en 1284. Plusieurs princes Mérinides devaient Y être inhumés dans les cinquante années qui suivirent.

Destruction, pillages et les gardiennes du Chella

Destruction et pillages, Les gardiennes du Chella

La ville morte devint, sous les Mérinides, la Cité des Morts. Pendant plusieurs siècles, les émirs y furent enterrés. En 1515, Léon l’Africain, visitant ce lieu, compta trente deux tombeaux de rois, tous accompagnés d’épitaphes gravées relatant leurs hauts faits.

Tous les tombeaux ont disparu.A ce jour, il ne reste que des stèles énigmatiques. Les pluies, les plantes, les racines des arbres immenses qui envahissent le site ont disloqué les pierres tombales qui furent envahies d’herbes, d’orties, de chèvrefeuilles. Les seuls édifices qui existent encore sont de blanches koubbas surmontées, en été, d’énormes nids de cigognes ; les fientes des oiseaux maculent d’ailleurs de larges traînées blanches le sol et tous les édifices. Ce sont les koubbas de Sidi el Hassan El Imam, et de si di Amar el Mesnaoui sur le versant de la colline, et dans le vallon, celle d’un autre Saint, Si di Yahia Ben Younès El Berghouati où le jaune par endroit relève le badigeonnage blanc des murs. « Seules ces koubbas de personnages au destin dérisoire ont survécu aux tombeaux de souverains magnifiques » … !

D’après J. Caillé, au XVe siècle, un prétendant Ahmed El Lihiani s’empare du Chella et le pille, emportant les objets précieux, dont de splendides corans qui y étaient conservés pieusement. En 1790, une tribu arabe, les Sabbah, s’y installe et rançonne les habitants des lieux et du voisinage.

Les gardiennes du Chella

En 1790, Moulay Yazid organisera une expédition contre eux menée par le gouverneur El Qostali de Salé.
Il faut visiter Chella au mois de mai. Le printemps déjà avancé embrase le site d’une profusion de fleurs. L’été toutes les herbes, les fleurs des champs ont disparu, même les grands arbres de la nécropole sont là, figés, sans feuilles, les branches écorcées luisantes et lisses.

Les cigognes ont fait de ces lieux une parfaite réserve ; elles sont là par centaines… harmonie et symbiose. Elles disposent du minaret, des koubbas, du mur d’enceinte et des bastions, … Elles se partagent le site avec les hérons blancs qui nichent par milliers dans les grands arbres aux pieds desquels on peut distinguer des plumes, des coquilles d’œufs, et leur guano étalé en larges plaques blanches sur le sol et les troncs.

Les grands arbres sont frappés à mort par l’âge, et d’ici une dizaine d’années, ceux de la nécropole se seront défaits en branches éclatées et le charme du cimetière en souffrira. On ne vantera jamais assez les cigognes de Chella. Elles sont les mères attentives, les filles et les soeurs du site. Elles participent de leurs claquements de bec au culte -des morts, et s’envolent d’un grand froissement d’ailes effarouchées quand on veut les fixer de l’oeil noir de son appareil photographique. Ce sont les cigognes de Chella, les gardiennes de la nécropole mérinide. Elles sont là, vibrantes comme des pleureuses antiques. Je crois bien qu’elles ont une âme … et si c’était celle des morts dont elles se transmettent jusqu’au souvenir, à chaque migration?