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Archives pour 09/2011

ChelIa et les gardiennes Mérinides

ChelIa et les gardiennes Mérinides

On peut se demander si la ville que fondèrent les Carthaginois vers l’An 470 av. J.-C. « distante de deux jours de navigation après avoir dépassé les Grottes d’Hercule, une ville qui domine une vaste plaine et que nous appelâmes Thymateron », n’est pas l’ancienne Sala, le premier comptoir de la côte atlantique du Maroc.

On devait y pratiquer à cette époque toute sorte de commerce, notamment ceux de la gomme, de l’ivoire, de l’étain, de la poudre d’or et de la pourpre. Détruite durant les guerres puniques (146 av. J.-C.), Carthage, ses trésors et ses comptoirs revenaient au vainqueur. C’est ainsi que Chella devint à la fois colonie romaine et, encore plus riche, plus célèbre, plus opulente.
La position du site est idéale : elle domine la campagne. Protégée par des pentes abruptes, elle est cachée de la mer par un coude du Bou Regreg, le Sala fluvium.

L’entrée du fleuve est, d’ailleurs, rendue difficile par une barre semée d’écueils traîtresse pour celui qui ne connaît pas les passes. Mais cette barre franchie, s’étend une vaste plaine fertile où s’étale le fleuve.
La ville possédait en outre une eau claire pure et fraîche, celle d’Aïn Chella, Sous Rome, Sala se développa considérablement.
Pline nous a signalé que la plaine était souvent envahie de bandes d’éléphants qui furent malheureusement décimés pour leur ivoire ; elle devait aussi résister aux invasions de tribus nomades attirées par le pillage, les Autololes.
Plusieurs campagnes de fouilles attestent de la vitalité de Sala Colonia : on y a découvert quantité de monnaies, de lampes à huile, de vases, de céramiques, de statues, de bijoux tels que des fibules, des anneaux, des bagues, des colliers.

Parmi les grands monuments citons, un forum, les bâtiments de la Curie (Trajan 98-117 apr. J.-C.) où se réunissaient les assemblées. On distingue, à gauche du forum, les vestiges d’un arc de triomphe. On a découvert aussi un capitole. Le long du Decumanus Maximus, on a mis à jour des rues avec boutiques, des édifices privés. Le port ensablé n’a pas été encore dégagé.
Malgré le repli stratégique de la Maurétanie Tingitane, vers 285 apr. J.-C., il semble que Sala Colonia ait conservé son éclat jusqu’au IVe siècle car elle était facile à défendre. L’invasion des Vandales, en 429, ne semble pas avoir affecté le site. Durant cette période, l’influence romaine s’affaiblit peu à peu; la cité périclite et, sur son site, s’installent des tribus berbères. L’influence romaine disparut définitivement lors de l’invasion arabe de 670.

Le géographe El Idrissi qui visita Chella vers 1150 Y avait vu des édifices et des temples anciens. Mais déjà, un grand espace n’était plus couvert que de champs cultivés et de pâturages où les habitants faisaient paître leurs troupeaux.
Chella, d’après une tradition populaire, aurait retrouvé une nouvelle splendeur avec l’Almohade Yacoub El Mansour qui, séduit par le site, en aurait fait relever les murailles, y aurait fait construire un palais et souhaité y avoir sa dernière demeure. Il est cependant plus sûr d’affirmer que c’est le sultan mérinide Abou Youssouf Yacoub (1259-1286) qui fit édifier une petite mosquée funéraire pour sa femme Oum-EI-Izz en 1284. Plusieurs princes Mérinides devaient Y être inhumés dans les cinquante années qui suivirent.

Une grande nécropole

Une grande nécropole

La construction du mur qui entoure la nécropole fut entreprise par le sultan Abou Saïd (1310-1331) et achevée par Abou El Hassan en 1339 ainsi qu’en témoigne l’inscription en caractères koufiques à la porte d’entrée si richement décorée.
Abou El Hassan fait de la première construction funéraire de Abou Youssouf une grandiose nécropole. Dans une enceinte aux murs épais s’élève une mosquée au minaret carré, en partie décoré de faïences polychromes et envahi par des nids de cigognes. On remarque aussi un bassin pour les ablutions, plusieurs salles funéraires, une zaouia, un mihrab. Les murs ont perdu leur stuc sculpté dont quelques fragments demeurent.

Au pied d’un auvent aux ornements fait d’arabesques et d’arcades, s’alignent deux dalles funéraires de marbre blanc en forme de toit et couvertes de caractères koufiques. Sous l’une repose Abou El Hassan, le sultan; sous l’autre, l’esclave reine, bien aimée, Chems Ed Doha, « le Soleil du Matin », encore appelée Lalla ChelIa. L’épitaphe du Sultan est gravée dans le marbre blanc : « Ceci est le tombeau de notre maître, le Sultan, le Khalifa, l’Imam, l’Emir des Musulmans, celui qui a fait triompher la religion, le guerrier qui a combattu dans la voie du Seigneur des deux Mondes, Abou El Hassan, fils de notre maître Abou Saïd, fils de Abou Youssouf Yacoub Ibn Abd El Hacq ». Puisse Dieu sanctifier son âme et fleurir sa tombe !

Il mourut, que Dieu soit satisfait de lui et l’agrée! – au Djebel Hontata en l’an 752 (1351) le 27 du mois béni de Rébii 1er, dans la nuit du lundi au mardi. Il fut enterré à Marrakech dans la koubba de la mosquée d’El Mansour – veuille Dieu y faire chanter ses louanges ! Il fut ensuite transporté dans ce cimetière béni du ChelIa – puisse-t-il être couvert de la grâce divine et entrer dans le Paradis ! que Dieu répande ses bénédictions sur Notre Seigneur Mohamed et sa Famille et leur accorde le Salut ! ».

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Destruction, pillages et les gardiennes du Chella

Destruction et pillages, Les gardiennes du Chella

La ville morte devint, sous les Mérinides, la Cité des Morts. Pendant plusieurs siècles, les émirs y furent enterrés. En 1515, Léon l’Africain, visitant ce lieu, compta trente deux tombeaux de rois, tous accompagnés d’épitaphes gravées relatant leurs hauts faits.

Tous les tombeaux ont disparu.A ce jour, il ne reste que des stèles énigmatiques. Les pluies, les plantes, les racines des arbres immenses qui envahissent le site ont disloqué les pierres tombales qui furent envahies d’herbes, d’orties, de chèvrefeuilles. Les seuls édifices qui existent encore sont de blanches koubbas surmontées, en été, d’énormes nids de cigognes ; les fientes des oiseaux maculent d’ailleurs de larges traînées blanches le sol et tous les édifices. Ce sont les koubbas de Sidi el Hassan El Imam, et de si di Amar el Mesnaoui sur le versant de la colline, et dans le vallon, celle d’un autre Saint, Si di Yahia Ben Younès El Berghouati où le jaune par endroit relève le badigeonnage blanc des murs. « Seules ces koubbas de personnages au destin dérisoire ont survécu aux tombeaux de souverains magnifiques » … !

D’après J. Caillé, au XVe siècle, un prétendant Ahmed El Lihiani s’empare du Chella et le pille, emportant les objets précieux, dont de splendides corans qui y étaient conservés pieusement. En 1790, une tribu arabe, les Sabbah, s’y installe et rançonne les habitants des lieux et du voisinage.

Les gardiennes du Chella

En 1790, Moulay Yazid organisera une expédition contre eux menée par le gouverneur El Qostali de Salé.
Il faut visiter Chella au mois de mai. Le printemps déjà avancé embrase le site d’une profusion de fleurs. L’été toutes les herbes, les fleurs des champs ont disparu, même les grands arbres de la nécropole sont là, figés, sans feuilles, les branches écorcées luisantes et lisses.

Les cigognes ont fait de ces lieux une parfaite réserve ; elles sont là par centaines… harmonie et symbiose. Elles disposent du minaret, des koubbas, du mur d’enceinte et des bastions, … Elles se partagent le site avec les hérons blancs qui nichent par milliers dans les grands arbres aux pieds desquels on peut distinguer des plumes, des coquilles d’œufs, et leur guano étalé en larges plaques blanches sur le sol et les troncs.

Les grands arbres sont frappés à mort par l’âge, et d’ici une dizaine d’années, ceux de la nécropole se seront défaits en branches éclatées et le charme du cimetière en souffrira. On ne vantera jamais assez les cigognes de Chella. Elles sont les mères attentives, les filles et les soeurs du site. Elles participent de leurs claquements de bec au culte -des morts, et s’envolent d’un grand froissement d’ailes effarouchées quand on veut les fixer de l’oeil noir de son appareil photographique. Ce sont les cigognes de Chella, les gardiennes de la nécropole mérinide. Elles sont là, vibrantes comme des pleureuses antiques. Je crois bien qu’elles ont une âme … et si c’était celle des morts dont elles se transmettent jusqu’au souvenir, à chaque migration?

Fès, ancienne des villes impériales

Elles sont quatre. Quatre cités où les grandes dynasties qui régnèrent sur le Maroc décidèrent d’élire résidence. Fès, la ancienne des villes impériales, Meknès, la prestigieuse, Rabat, la superbe, Marrakech, la plus belle la plus renommée.

Carrefour de la civilisation arabo-islamique, les heureuses lues le doivent à leur situation géographique mais aussi à un concours de circonstances. C’est vent ainsi que naissent les grandes Cités.

Fès, ancienne des villes impériales

Et si Moulay Idriss n’avait pas été chassé d’Orient, et s’il n’était pas arrivé au Maghrib El Aqsa et s’il ne s’était pas installé dans la région du Zerhoun à Volubilis et s’il n’eût pas un fils qui décida de fonder sa capitale dans la plaine du Saïs, de part et d’autre de l’Oued Fès … Si. .. et bien même si, Fès aurait vu le jour. Site accueillant, terres fertiles, de l’eau, beaucoup d’eau, qu’espérer de plus. Id riss Il a vu juste en faisant de Fès, en l’an 190 de l’Hégire, sa capitale. Ville coupée en deux, la Cité bâtie sur la rive droite prit le nom de Adwa des Andalous, celle bâtie sur la rive gauche, celui de Adwa des Kairouanai. A peine Idriss Il était-il en train de savourer son œuvre, de l’agrandir, de l’embellir que la mort l’emporta, il n’était âgé que de 35 ans. Mais ses successeurs terminèrent Je travail. Les Almoravides et à leur tête Youssef Ben Tachfine. Grâce à lui Fès devint capitale non seulement religieuse, mais également intellectuelle et artistique. Un rang qu’elle ne perdra jamais, car même si Meknès ou Marrakech attirèrent certains monarques, ces derniers ne laissent jamais tomber le berceau i1isation arabo-islamique au Fès, la bien-aimée. Cette comme du reste, toutes les villes marocaines antiques offrent un double visage, mais sans que l’anachronisme ne soit flagrant. Dans le Vieux Fès, l’histoire est racontée par chaque enseigne ou pavé ou encore édifice bravant le temps :El Ouaraouyine ou la Kasbah Filala, etc …

Dans le Vieux Fès, ce sont des siècle entiers que l’on remonte, non en raison de l’architecture seulement bien finie, mais aussi par la présence de ces artisans de père en fils dont le plus solide héritage est leur métier . leur Art. Si bien que Fès peut être considérée, plus que Marakech, comme la capitale de l’artisanat marocain. Des trésors inestimables sont là dans ce Vieux Fès : bijoux, bois sculpté, cuir travaillé.. Un régal pour les yeux.

Fes le Vieux et ses trésors surplombent avec suffisance mais sans arrogance l’autre Fès, le moderne.La ville Nouvelle, elle, contemple la ville ancienne avec ce respect qu’avaient jadis les élèves pour leurs maîtres. Ni ses artères illuminées nées, ni ses hôtels fastueux, ni se magasins de luxe, ni ses quartier résidentiels où les villas se suivent et ne se ressemblent pas (l’un chassant l’autre par sa beauté) rien, strictement rien de tout cela d’autres choses encore ne font oublier à la Ville Nouvelle et à ses habitants qu’il n’existe qu’un seul Fès: l’Ancien

A 60 kilomètres de Fès la Transcendante, se trouve une autre ville impériale, Meknès la discrète.

Meknès, ville impériale au Maroc

Meknès, ville impériale au Maroc

Position géographique idéal c’est par excellence Meknès, le c retour central de la chaîne majetueuse du Moyen-Atlas. Depuis fondation au Xè siècle par d tribus Zénètes de Meknassa, venu des zones de l’oriental, s’établir s les rives de l’Oued Boufekrane, Meknès n’a cessé d’attirer, de sujuguer. Mais elle n’atteignit son apogée que relativement tard, en 1672 quand le Sultan Alaouite Moulay Ismaël en fit sa capltale. Moulay Ismaël, le premier monarque dont l’œuvre gigantesque. il est vrai, eut un immense écho qui parvint jusqu’à l’Orient et à l’Europe, notamment à la Cour de France auprès de Louis XIV, Le Roi Soleil. Si bien que Meknès et le nom de Moulay Ismaël sont indissociables. C’est grâce aux souverains Alaouites en général, et à Moulay Ismaël en particulier, que Meknès connut un développement éclatant.Il suffit de visiter Meknès pour s’apercevoir que -cette ville demeure encore la fresque noble, pittoresque et colorée du pays, par la beauté variée de ses nombreux sites, de ses vestiges rares et de ses monuments imposants. Ce ne sont pas les exemples qui manquent: la ceinture des remparts, la célèbre porte Bab El Mansour, le palais royal, les mosquées de Bérima et de Sidi Othmane, les anciennes et immenses écuries, ou encore Bab El Berdéaine, ce beau portail datant du XVllè siècle, la Medersa de Jemâa El Rouah après un passage à la mosquée Sidi Saïd avant d’atteindre Bab El Khemis. Mais l’un des témoignages les plus admira¬bles est sans doute le Héri. Il s’agit du célèbre et gigantesque grenier du XVllè siècle, de la terrasse duquel s’étend un jardin somptueux dominant la ville et d’où l’on voit le bassin de l’Agdal, une vaste pièce d’eau de quatre cents mètres de long sur cent mètres de large.

N’oublions pas également la place Lalla Aouda, la place El Hédime, le palais Jamaï, aménagé aujourd’hui en Musée d’Arts Marocains. Et puis, bien sûr l’inévitable Médina, la vieille ville, le Vieux Meknès, là où est située la plus ancienne mosquée de Meknès, comme elle, elle date du Xè siècle. Le Souk des ventes aux enchères de tapis, « Souk Ed Dlala », la Médersa Bou Inania, une institution de théo¬logie remontant au XIVè siècle, la Mosquée Jamâa El Kébir qui compte plus de douze entrées, et enfin non loin de la Kissaria, une autre Medersa, celle des Filala, construite en 1689 par Moulay Ismaël.

La Kissaria ou le Souk, c’est là où l’on trouve comme dans toutes les villes marocaines, les divers corps de métier: les couturiers de caftans,les fabricants de mosaïque,. les Kharrazines (fabricants de babou¬ches et autres produits de cuir).

Les environs de Meknès, non plus, ne manquent pas d’attraits, sites onéreux, paysages superbes, localités attrayantes, comme Moulay Idriss Zerhoun avec les ruines avoisinantes de la Ville Romaine de Volubilis. Azrou aux alentours riches en forêts de cèdres et de chênes verts. Ifrane, le Chamonix du Maroc, avec ses maisons aux tuiles rouges, ses prairies verdoyantes, son climat sain et bien¬faisant, sa station de ski au Mont Michlifen. La zone des lacs du côté de Midelt ou d’Ifrane ou encore d’Immouzer. Sur la route de Rabat, également : deux superbes lacs. Rabat, autre ville impériale, après Meknès, la cité aux racines profondes, au charme frappant et en même temps discret. Meknès connut son heure voire ses siècles de gloire et demeure l’une des principales villes du Royaume